Pour un nouveau manifeste de la ville

Dernière mise à jour : juin 2


1. Le terme de ville a perdu son sens

La ville est devenue un concept trompeur. Ce terme conservait une pertinence à l'époque où la ville s'opposait au monde rural. A l'heure de la périurbanisation, continuer à parler de la ville comme si la campagne constituait encore un monde à part, conduit à utiliser le même terme pour parler d'une métropole engagée dans la mondialisation et de n'importe quelle autre ville.


2. Une distinction devenue fondamentale : villes attractive et non attractive

Aujourd'hui, les villes se différencient moins par leur taille que par l'intérêt dont elles sont l'objet de la part des acteurs privés, que ce soit dans le domaine de l'habitat, du commerce ou encore de l'économie productive.


3. Des problèmes inverses

Villes attractives et villes en perte de vitesse n'ont pas seulement des problèmes différents. Elles ont des problèmes rigoureusement inverses. Quand les premières connaissent des problèmes de gentrification et d'accès au logement, de manque d'espaces verts et de circulation, les secondes souffrent d'une paupérisation et d'une désaffection croissante en dépit d'un cadre de vie jugé souvent plus favorable que celui des villes les plus attractives.


4. Des enjeux opposés

S'il s'agit dans le premier cas d'encadrer un développement bien réel, il faut dans le second recréer les conditions d'une attractivité perdue. L'enjeu, on en conviendra, est radicalement différent.


5. Des solutions logiquement différentes

Appliquer aux villes en pertes de vitesse les solutions mises en oeuvres à l'échelle des villes attractives ne constitue pas seulement un non-sens : c'est une voie qui ne peut qu'aggraver les problèmes existants. En d'autres termes, même dans un pays aussi centralisé que la France, il est absurde de considérer qu'une action mise en oeuvre avec succès à Paris conserve sa pertinence dans n'importe quelle autre ville française.


6. Seuls les investissements privés constituent une solution durable

Si on admet que la crise de certaines villes est liée au manque d'intérêt dont elles sont l'objet de la part des acteurs privés, la solution ne peut résider principalement dans la mobilisation d'aides publiques, sauf à vouloir amortir les effets d'un déclin jugé inéluctable. Les aides publiques doivent avant tout être conçues comme un moyen de réactiver l'intérêt des acteurs privés sans lesquels aucun développement durable n'est envisageable.


7. De la nécessité de construire

Le déclin démographique n'est pas le seul critère de la perte d'attractivité d'une ville mais c'en est un des plus visibles. Compte tenu de l'augmentation des surfaces moyennes d'habitation et de l'augmentation du nombre de ménages liée au phénomène de décohabitation, la construction de logements est le seul moyen d'éviter que ne s'enclenche une décroissance démographique durable.


8. De la nécessité de fixer les classes moyennes

L'accession à un logement privé de qualité constitue une priorité. C'est le plus sûr moyen de favoriser le maintien et le retour des classes moyennes dans les villes centre les plus fragiles.


9. De la nécessité de maintenir une économie productive

Aussi indispensable soit-elle l'économie présentielle, destinée à satisfaire les besoins de la population, ne saurait être suffisante en soi. Il faut aussi miser sur l'économie productive qui par sa capacité "exportatrice" peut seule générer de la valeur ajoutée, de l'identité et de la fierté pour un territoire donné.


10. De la nécessité de densifier et de favoriser la mixité urbaine

La densification n'est pas seulement une exigence environnementale. C'est la raison même de la ville européenne, la condition d'échanges sociaux et d'une mixité fonctionnelle qui en assurant une coexistence de l'habitat, du commerce, des services publics et des entreprises donne toute sa raison à ce que nous appelons l'urbanité.


10. La ville en tant qu'entité politique autonome

Nous appelons "ville" un territoire disposant de la capacité à organiser l'utilisation de ses sols. Conçu sous cet angle, le périmètre le plus pertinent peut être dans certains cas l'échelon communal et dans d'autres l'échelon intercommunal.


11. Une fonction urbaine élémentaire : la fonction résidentielle

Toute ville remplit une fonction résidentielle. Celle-ci peut connaître deux types de problèmes : la décroissance démographique menant au phénomène bien connu des shrinking cities et l'exclusion de certaines catégories sociales.


12. Des fonctions urbaines optionnelles : les fonctions servicielle et productive


A cette fonction primaire s’en ajoute plusieurs autres : la fonction servicielle qui regroupe des services publics, des commerces et des services aux particuliers; la fonction productive qui regroupe les entreprises ayant vocation à satisfaire des besoins majoritairement extérieurs au territoire.


13. Des fonctions support : les fonctions de commandement et de circulation

Comme n'importe quelle organisation, le fonctionnement de la ville requiert des fonctions support : une fonction de commandement destinée à prendre des décisions ou participer à des prises de décision collectives, et une fonction de circulation consistant à permettre les contacts et les déplacements dans l'espace public.





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